Si tu es vraiment Fils de Dieu …

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Après avoir accompli, au nom de l’humanité, sa démarche pénitentielle au Jourdain et y avoir reçu un double baptême (d’eau et d’Esprit Saint), à quoi Jésus pouvait-il s’attendre? Une mort sacrificielle à brève échéance? Un long apostolat du genre prophétique? Voici plutôt que l’Esprit le pousse au désert et lui procure, contre toute attente, un temps de solitude et d’approfondissement. Car les paroles entendues au Jourdain « Tu es mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma complaisance » résonnent encore aux oreilles du charpentier de Nazareth ; elles s’avèrent une approbation officielle de son projet de salut universel. Dieu approuve sa démarche … en plus de lui conférer l’Esprit Saint, l’habilitant à accomplir cette tâche.

La solitude désertique sera donc pour le Christ le lieu providentiel pour approfondir sa mission. Sa connaissance intime des saintes Écritures (on pense à l’intérêt qu’il y portait déjà, à l’âge de douze ans, au Temple de Jérusalem) tout comme sa mémoire humaine phénoménale lui permettront une méditation biblique continuelle qui se reflétera dans sa joute oratoire avec le Tentateur (Deutéronome 6 et 13 et psaume 91). Mais ces textes ne sont en fait que le pic de l’iceberg. On ne saurait passer sous silence les passages, entre autres, du prophète Isaïe concernant le Serviteur de Yahvé : plus spécialement Is 53 (qui inspira sa démarche au Jourdain) et Is 60 (qu’il commentera à son retour, à la synagogue de Nazareth).

« Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre… Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas … » (Luc 4, 1-13). N’allons pas sous-estimer l’astuce du Tentateur qui, conscient de l’importance de cette révélation de la filiation divine, s’y attaque immédiatement pour ébranler si possible cette conviction de Jésus. Il y reviendra sans doute tout au long du ministère public mais de façon plus intense au Golgotha par l’entremise des spectateurs « Si tu es Fils de Dieu, descends de la croix » . Jusqu’à quel point, ces paroles proférées par les passants, les grands prêtres, les anciens et les scribes auront pesé sur la dernière tentation du Christ, nous ne le saurons jamais … mais la plainte échappée du haut de la croix « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » pointe vers une terrible angoisse difficile à oublier. Celui qui voulait sauver le monde aura donc bu la coupe jusqu’à la lie! Néanmoins, et dans un dernier sursaut de confiance, c’est dans un acte de filial abandon que le Sauveur va conclure sa vie terrestre: « Père, je remets mon esprit entre tes mains! » (Luc 23, 46).Et, ce disant, il expira. La terre trembla, nous dit saint Matthieu et, à la vue du séisme et de ce qui se passait, le centurion et les soldats qui le gardaient, saisis d’une grande frayeur, ne purent qu’avouer : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu! » (Matthieu 27, 54)

« Qui perd, gagne » dit l’adage. Par un renversement providentiel des situations, le Tentateur du désert qui croyait pouvoir triompher du Messie par sa crucifixion, aura finalement perdu le combat de façon définitive et irrévocable!

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Le dilemme du carême

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À la veille du carême, alors que nous vivons une situation mondiale dramatique, il importe de nous recentrer sur l’importance de cette période annuelle d’entraînement au combat spirituel. Dans l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous rappelle cette vérité fondamentale: « Chaque arbre se reconnaît à son fruit » (Luc 6, 44). Qui sommes-nous et que faisons-nous ? À la différence des arbres fruitiers, les humains peuvent osciller entre arbre bon et arbre mauvais pour ensuite se reprendre ; à nous de faire le bon choix ! Voici, à ce sujet, un extrait d’homélie de Bruno Lachnitt (aumônier de prison) qui médite sur ce choix à faire en s’inspirant de la légende amérindienne des deux loups :

 » L’ Évangile de ce dimanche est particulièrement bienvenu à la veille d’entrer en carême. Jésus y dit en effet que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur mais ce qui en sort. Si nous décidions cette année de faire un jeûne de ce qui sort de notre bouche: insultes, médisance, mensonges…? «Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit», et «ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur». Ce que nous nommons si facilement «erreurs de langage» témoigne sûrement d’un mal plus profond. Ce jeûne de ce qui sort de la bouche engage un combat contre sa racine dans notre cœur: jalousie, jugements, rancune… C’est le lieu d’un véritable combat spirituel. Une écoute hâtive de cet Évangile pourrait nous laisser penser que certains hommes sont bons et d’autres mauvais: «L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais». Un vieux conte indien raconte qu’un homme explique la vie à son petit-fils. «Un combat a lieu à l’intérieur de moi», dit-il à l’enfant. «Un combat terrible entre deux loups. L’un est colère, envie, chagrin, avidité, arrogance, ressentiment, mensonges, vanité, ego. L’autre est joie, paix, amour, sérénité, humilité, bonté, bienveillance, générosité, confiance. Le même combat a lieu en chacun et en toi-même». Le petit-fils réfléchit puis demande: lequel l’emportera? Le vieil homme répond: Celui que tu nourris. » Il n’y a pas des hommes bons et d’autres mauvais, comme on tirerait un bon ou un mauvais ticket à l’entrée dans ce monde. En chacun de nous est gravée par Dieu l’image de son Fils et nous sommes appelés à vivre de la même liberté que Lui. Si toutefois nous ne cédons pas au refus de l’amour, à la jalousie qui est la racine du péché, l’orgueil qui nous fait nous prendre pour Dieu. «Le disciple n’est pas au-dessus du maître»: l’issue du combat n’est pas jouée d’avance, à nous de décider ce que nous allons nourrir en nous pendant ces quarante jours! » (Osservatore Romano, 22 fév., page 7)

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Plaisir ou Bonheur … un choix à faire !

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Paul et son compagnon chantent les louanges de Dieu  (Actes 16,25)

Tout être humain désire le bonheur car il en va de son aspiration la plus profonde : le plus saint des hommes comme le plus abjecte désire être heureux et surtout l’être le plus longtemps possible. De tout temps, mais surtout aujourd’hui, nombreux sont ceux qui croient pouvoir l’obtenir en accumulant les plaisirs : plaisirs du corps, plaisirs des possessions matérielles, plaisirs des divertissements, etc. Pourtant, malgré cette convoitise rarement assouvie, le bonheur ne semble pas être au rendez-vous (à preuve, cet engouement pour le suicide assisté). À côté des accros du sexe, du jeu ou de la drogue, se trouvent également ces personnes résignées à vieillir devant leur écran de télévision, sans aucun souci du pauvre Lazare qui gît à leur porte. Rien de bien inspirant !

Toute autre est la vie de cette foule de petites gens, moins visible certes mais bien présente dans la société. À l’exemple des Apôtres, ces chrétiens ont su mettre leur ambition première dans le respect de la Volonté divine. Ce sont des personnes qui ont misé sur le Christ, sur sa parole et ses promesses de vie éternelle. Des gens qui, arrivés la fin de leur vie, peuvent se retourner pour la contempler avec une certaine fierté ; des personnes qui ont fait confiance à Dieu et qui, après avoir eu  la sagesse de semer (souvent dans les difficultés et les pleurs), récoltent maintenant  dans la joie.

En ce Carême qui approche, l’occasion nous sera donnée de réexaminer notre choix de vie. Est-ce que j’existe pour moi seul ou pour les autres ? Suis-je attaché aux plaisirs matériels ou au bonheur spirituel ? Ai-je la patience de semer ? Ai-je, comme saint Paul dans sa prison, assez de foi pour discerner la main de Dieu derrière mes difficultés et conserver un bon moral ? Autant de questions pour qui cherche le vrai bonheur. Si quaeritis, quaerite!, aimait dire le prophète Isaïe : si vous cherchez, alors cherchez vraiment !

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La simplicité de la vie

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Atelier de couture  (Grande Chartreuse, France)

Nous avons tendance à nous compliquer la vie alors que la réalité est toute autre.  Dieu dépasse tellement nos calculs et nos prévisions, surtout lorsqu’il s’agit de la vie spirituelle. Écoutons ce qu’un chartreux, dom Augustin Guillerand (†1945), a à nous dire à ce sujet :

« Si l’on savait combien nous compliquons la vie qui est si simple. Toutes nos angoisses viennent de là. Nous ne savons pas voir Dieu où il est . Nous le cherchons très loin alors qu’il est très près : « En lui, nous vivons, nous nous déplaçons, nous sommes ». C’est vrai au point de vue naturel, c’est vrai surtout au point de vue surnaturel. Dieu est l’âme de notre âme ; il est le principe qui la fait vivre. C’est là qu’il faut le chercher et le trouver sans cesse. Les saints ne faisaient que cela : se tenir « devant la face du Dieu vivant ». Ce Dieu, ainsi  contemplé d’un regard intérieur, se communiquait à eux : il vivait en eux. C’était donc bien la vie divine reproduite en eux, et devenue leur vie.

Voilà ce que nous pouvons faire à travers nos heures très occupées. Il n’est pas nécessaire d’être tranquille dans une église ou devant un prie-Dieu pour cela ; il suffit d’un acte de foi et d’amour : « Mon Dieu, je crois en vous et je vous aime ». Un simple mouvement au fond du cœur qu’on actualise de temps en temps : voilà la vie. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 168 s)

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La longue attente de Siméon

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À l’occasion de cette belle fête de la Présentation de Jésus au Temple (2 février), voici un commentaire de notre ami chartreux, dom Augustin Guillerand, sur l’attente du messie vécue par le vieillard Siméon, attente longue et patiente mais, finalement, merveilleusement récompensée:

« Siméon orné de justice et de crainte attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était en lui.  (Luc 2,25)  Saint Luc a dessiné en quelques mots un portrait précis et complet du saint vieillard Siméon. Sa vie merveilleusement une, et à cause de cela merveilleusement belle et forte; elle tient toute en un mot: Il attendait. (…)  Il attendait le Rédempteur, Celui qui devait refaire dans les âmes l’image et la ressemblance de Dieu déformée par le péché, Celui qui est cette image, cette ressemblance, Celui donc qui porte en lui les traits de l’infinie Beauté, la figure de sa Substance, l’éclat de l’éternelle Lumière. Siméon tenait toutes ses énergies, tendues par le désir, vers lui. (…)

L’issue d’une telle attente est facile à prévoir. Le jour même et à l’heure même où la voix intérieure dit: «Il est là, il est au Temple», toutes les énergies ordonnées de son être, les muscles de son corps, les puissances de son âme se déclenchaient simplement, sans effort, s’accordaient pour trouver, reconnaître, embrasser Celui qui était son seul désir; et de tout cet être satisfait s’éleva l’hymne du repos après l’effort, de la possession après l’attente, l’hymne de la paix: «Maintenant vous laissez votre serviteur partir en paix ... » (…) La paix l’enveloppe, le baigne, l’inonde de toutes parts.

Résultat splendide! Nous le désirons, nous aussi, nous en avons le droit; il peut, il doit devenir nôtre. Mais nous oublions l’attente qui le précède et le long effort qui le prépare. L’heure de la paix , de repos, ne sonne qu’après le travail, et elle ne sonne que pour ceux qui ont travaillé, pour ceux qui ont su construire et orner le temple intime où l’hôte divin doit venir, pour ceux qui ont longuement écouté la voix de l’Esprit Saint et qui, en collaboration avec ce dernier, se sont façonnés peu à peu des bras spirituels, des facultés rectifiées, surélevées, divinisées, nécessaires pour recevoir et embrasser le Rédempteur attendu. »

(Écrits spirituels, tome 2, page 19 ss)

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Ce cher François de Sales!

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« Que Dieu doit-être bon, puisque Monsieur de Sales est si bon! » Cette exclamation de Vincent de Paul en dit long sur la réputation de son contemporain décédé en 1622, à l’âge de 55 ans. J’ai eu la chance de grandir dans une paroisse dédiée à cet évêque savoyard de Genève, qui fut déclaré en 1877 docteur de l’Église pour avoir su proposer aux chrétiens ordinaires une voie de sainteté « sûre, facile et douce ».  Voici un extrait de son best-seller (Introduction à la vie dévote) où il explique que la vie spirituelle n’est pas réservée aux religieux(ses) et encore moins aux membres des ordres contemplatifs: [À noter que le terme «dévotion» n’avait pas alors le sens restreint que nous lui donnons aujourd’hui, mais celui plus large de « vie spirituelle »]

« Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruits, chacune selon son genre; ainsi commande-t-il aux chrétiens, qui sont les plantes vivantes de son Église, qu’ils produisent des fruits de dévotion, un chacun selon sa qualité et vocation. La dévotion doit-être différemment exercée par le gentilhomme, par l’artisan, par le valet, par le prince, par la veuve, par la fille, par la mariée; et non seulement cela, mais il faut accommoder la pratique de la dévotion aux forces, aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Serait-il à propos que l’Évêque voulût être solitaire comme les Chartreux? Et si les mariés ne voulaient rien amasser non plus que les Capucins, si l’artisan était tout le jour à l’église comme le religieux, et le religieux toujours exposé à toutes sortes de rencontres pour le service du prochain comme l’Évêque, cette dévotion ne serait-elle par ridicule, déréglée et insupportable? Cette faute néanmoins arrive bien souvent. (…)

C’est une erreur et même une hérésie de vouloir bannir la vie dévote de la compagnie des soldats, de la boutique des artisans, de la cour des princes, du ménage des gens mariés. Il est vrai que la dévotion purement contemplative, monastique et religieuse ne peut être exercée en ces vocations-là mais aussi, outre ces trois sortes de dévotion, il y en a plusieurs autres, propres à perfectionner ceux qui vivent dans les états séculiers. Où que nous soyons, nous pouvons et devons aspirer à la vie parfaite. » (Édition Ravier & Devos, 1,36-37)

Donc, une saine MISE EN GARDE à l’intention de certains visiteurs occasionnels du présent blogue qui risquent de se méprendre sur les intentions de l’auteur: il ne s’agit pas  d’encourager l’imitation matérielle de la vie des Chartreux mais de s’en inspirer pour aller plus loin dans une recherche de Dieu, recherche adaptée à nos forces et à notre situation personnelle!

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Une Parole qui interpelle !

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« Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix chaque jour, et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Ces paroles de Jésus nous font l’effet d’une douche froide, à nous, chrétiens du 21e siècle, qui essayons trop souvent d’unir confort et devoirs religieux. Car, le renoncement évangélique ne concerne pas uniquement les moines mais tous les baptisés (même si dans une moindre mesure). En la fête de saint Antoine le Grand, moine égyptien du 4e siècle, je vous présente un extrait de sa vie, telle que racontée par son contemporain, saint Athanase d’Alexandrie :

« À la mort de ses parents, Antoine resta seul avec une jeune sœur. Ayant alors entre dix-huit et vingt ans, il prit soin de la maison  et de sa sœur. Moins de six mois après le décès de ses parents, il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur; quels étaient les hommes qui, dans les Actes des Apôtres, vendaient leurs biens et en déposaient le produit aux pieds des Apôtres pour que ceux-ci les distribuent aux nécessiteux; et aussi quelle grande espérance leur était réservée dans le ciel. En pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche: Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux. Antoine eut l’impression que Dieu lui adressait cet évangile et que cette lecture avait été faite pour lui. Il sortit aussitôt de l’église et donna aux gens du village ses propriétés familiales, quinze arpents d’une terre fertile et excellente, pour que lui-même et sa sœur n’en aient plus l’embarras. Après avoir vendu tous ses biens mobiliers, il distribua aux pauvres la grosse somme d’argent qu’il en avait retirée, en ne mettant de côté qu’une petite part pour sa sœur.

Une autre fois qu’il était entré à l’église, il entendit le Seigneur dire dans l’Évangile: Ne vous faites pas de souci pour demain. Ne supportant plus d’avoir gardé quelque chose, il distribua cela aussi aux plus pauvres. Il confia sa sœur à des vierges dont il connaissait la fidélité et la mit dans leur monastère pour qu’elles y fassent son éducation. Quant à lui, il se consacra désormais, près de sa maison, au labeur de la vie ascétique. Vigilant sur soi-même, il persévérait dans une vie austère  (…) Aussi travaillait-il de ses mains, car il avait entendu cette parole: Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus (…) Il  priait sans cesse parce qu’il avait appris qu’il faut prier sans relâche en privé. Il était si attentif à la lecture qu’il ne laissait rien perdre des Écritures mais en retenait tout et que, dans la suite, sa mémoire pouvait remplacer les livres. » ( Vocation d’Antoine, extrait de la Vie de saint Antoine par saint Athanase, évêque d’Alexandrie)

Détachement, humble travail, lectures bibliques, prières fréquentes, autant de moyens concrets pour faciliter le dialogue entre nous et Dieu. Tous n’ont peut-être pas la même vocation qu’Antoine mais la ferveur des chrétiens des premiers siècles ne peut que nous inspirer un mode de vie plus modeste, une attention à Dieu plus soutenue et des comportements à contre-courant de ceux de nos contemporains. Quant au jeune Antoine, on sait qu’il se retira au désert et y vécu très longtemps pour y mourir à l’âge de 105 ans (vers 356). Ajoutons que de nombreux disciples le suivirent dans ce genre de vie austère, ce qui lui valut le titre de Père des moines.

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Jésus, bouc émissaire?

 

En cette fête du Baptême de Jésus, fête qui commémore une démarche énigmatique  de la part du Seigneur et qui signale le début de son ministère publique, il convient de lever le voile un tant soit peu sur le sens de cet événement.

Dans la liturgie juive, le Jour de l’Expiation («Yom Kippour») était l’occasion pour le peuple de confesser ses péchés commis durant l’année et de les faire imputer, par le Grand Prêtre, à un bouc choisi à cet effet, lequel était par la suite envoyé au désert, repaire des démons … le rite du Bouc émissaire!  Ce rite juif a préparé les futurs chrétiens à mieux comprendre la démarche de Jésus, qui à l’âge de trente ans quitta son village de Nazareth pour aller  recevoir un baptême de pénitence des mains d’un prophète appelé Jean. La première réaction de ce dernier, qui le connaissait bien, fut de refuser; puis, après insistance de Jésus (« Laisse faire pour l’instant, c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice » Matthieu 3, 15 ), il finit par accepter.  Le lendemain, ce même prophète désignait Jésus publiquement comme étant « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29). Comment Jean en est-il arrivé à affirmer si rapidement une telle vérité si ce n’est grâce à une explication fournie par Jésus  lui faisant comprendre que sa mission  était de prendre sur lui les péchés du monde entier. Jésus, bouc émissaire, était donc destiné à expier et à effacer par sa mort rédemptrice tous les péchés possibles. Son baptême de pénitence, reçu en notre nom, dévoilait ainsi tout son sens.

Dans cette démarche historique, Jésus se présente également comme le nouveau Jacob qui, on le sait, réussit à obtenir de son père Isaac, rendu aveugle par l’âge, la bénédiction destinée à son frère aîné Ésaü en empruntant subrepticement les vêtements de ce dernier. Belle prophétie de cette démarche vicariale du Verbe éternel qui endossa notre humanité pour accomplir sa mission; mission tout à fait spéciale qui n’était pas tellement de recevoir une bénédiction que « de se faire malédiction», comme l’affirmera saint Paul; démarche néanmoins qui plût à Dieu puisqu’il le désigna au baptême comme «Fils bien-aimé, en qui j’ai toute ma faveur» .

Finalement, il est intéressant de noter que ce baptême de Jésus dans l’eau est immédiatement suivi d’un deuxième, tout aussi important, celui dans l’Esprit Saint (« Au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s’ouvrit …» Luc 3, 21) . Cet Esprit, s’emparant de lui à la façon des anciens prophètes, l’envoie au désert pour y être tenté par le démon; lutte initiale qui laisse prévoir un ministère publique des plus combatifs. Bouc émissaire donc, mais aussi nouveau Jacob,  fils bien-aimé du Père, prophète envoyé par Dieu … que de richesses spirituelles renfermées dans cet événement singulier que fut le baptême de Jésus au Jourdain!

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Jésus à Nazareth

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Dans nos familles actuelles, les jeunes n’ont souvent qu’un seul désir: prendre leur envol le plus tôt possible et vivre leur vie à leur façon. Mais il se trouve parfois des situations qui invitent à retarder ce départ. La fête de la Sainte Famille m’incite à réfléchir, aujourd’hui, sur la durée inhabituelle de cette première étape dans la vie de Jésus.

Étant donnée l’importance capitale de la mission terrestre du Verbe incarné, sa vie familiale à Nazareth m’a toujours intrigué, ne fut-ce que par sa durée: 30 ans sur 33 ans d’existence parmi nous. Chez ses contemporains juifs, le jeune homme prenait femme vers l’âge de 16-18 ans et s’adonnait à  un métier quelconque pour gagner son pain et celui de sa petite famille. Avoir trente ans était donc vu, à l’époque, comme déjà avancé en âge. Pourquoi Jésus a-t-il consacré les 9/10 de sa vie à Nazareth? Je vous soumets mon humble hypothèse: remplir ses obligations de soutien familial !

Rappelons-nous que la situation conjugale de Marie et de Joseph était non seulement spéciale mais unique! Joseph, homme juste, ne pouvait que respecter la virginité miraculeusement féconde de son épouse. Cette petite famille à trois, où régnait un immense amour, ne pouvait vivre repliée sur elle-même mais devait tôt ou tard s’ouvrir au partage. Et c’est probablement ce qui arriva avec la mort inopinée d’un des frères de Joseph (Clopas) qui laissait dans le besoin  son épouse Marie ainsi que ses enfants Jacques, Jude, et autres. Décès prématuré et peut-être prévisible dans cette famille où Joseph, lui-même, ne fera pas long feu. Quoiqu’il en soit, à la mort de son père adoptif, Jésus se sera donc retrouvé comme soutien d’une famille élargie. Dans les circonstances, il  fit évidemment le bon choix : se consacrer totalement aux besoins essentiels des siens. Le contraire aurait été une impiété manifeste! Ce n’est donc que rendu à l’âge de trente ans, alors que ses « frères et sœurs » pouvaient se prendre en main, qu’il quittera son entourage pour entreprendre sa grande Mission.

Soit dit en passant, remarquons qu’au pied de la croix de Jésus se trouvaient plusieurs femmes dont « sa mère, la sœur de sa mère, Marie femme de Clopas, et Marie de Magdala » (Jean 19,25). Il est évident que la mère de Jésus ne pouvait avoir pour sœur biologique une femme portant le  même nom qu’elle (!) mais bien plutôt une belle-sœur  qui, de surcroit,  vivait avec elle depuis plusieurs années. Seraient ainsi résolues, à mon humble avis,  les difficultés soulevées par l’existence des « sœurs et frères de Jésus » ainsi que par la durée inhabituelle de la vie cachée du Messie.

La fête de la Sainte Famille de Nazareth nous rappelle donc que toute notre existence sur terre n’a de sens qu’en tant qu’enracinée dans ce phénomène qu’est l’amour humain : amour de dévouement, amour de respect de l’autre, amour d’oubli de soi. On comprend dès lors que Celui qui, appelé à proclamer haut et fort la primauté de l’amour de Dieu et du prochain, ait senti très tôt le besoin de vivre à fond cet amour familial, pâle image, mais image quand même, de cet Amour qui existe en Dieu et qui fera un jour notre bonheur !

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L’heureuse nuit …

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« Voici la nuit,

L’heureuse nuit de Palestine,

Et rien n’existe hormis l’Enfant,

Hormis l’Enfant de vie divine;

En prenant chair de notre chair,

Dieu transformait tous nos déserts

En Terre d’immortels printemps. »

(Didier Rimaud)

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À tous et à toutes, un joyeux et saint Noël!

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